La Direction de la santé mentale a convenu que toutes les équipes SIV devront dorénavant être homologuées. Un processus d’appréciation de la pratique des équipes SIV surviendra tous les deux ans visant l’homologation des équipes (Circulaire du ministère). Ce processus est confié au Centre national d’excellence en santé mentale (CNESM). Le présent guide vise à clarifier le processus qui sera mis en place pour apprécier la pratique SIV et à offrir aux équipes les éléments évalués afin qu’elles puissent se préparer à l’exercice.

 

Le processus d’appréciation de la pratique SIV

Le processus d’appréciation de la pratique SIV s’effectuera en deux temps et vise à évaluer la performance du service en regard aux 20 critères de pratique promulgués par le CNESM. Dans un premier temps, un questionnaire sera envoyé à l’équipe. Ce questionnaire comporte 22 questions qui touchent l’ensemble des critères de pratique du SIV. L’équipe dispose de 60 jours pour retourner le questionnaire complété. Une fois le questionnaire reçu, le CNESM prépare un constat préliminaire qui fait ressortir les principales forces et les défis de l’équipe. Ensuite, le conseiller attitré à l’équipe prend contact avec le gestionnaire du service et planifie une visite dans le milieu. Cette visite vise à approfondir certains éléments du processus clinique par l’analyse de différents dossiers en avant-midi. Le conseiller va également rencontrer l’équipe, le conseiller clinique et le gestionnaire en après-midi afin de présenter les résultats recueillis, les recommandations envisagées, ainsi que le soutien pouvant être offert. Une fois la visite terminée, un rapport final est produit et envoyé au gestionnaire de l’équipe ainsi qu’à la DSM afin de recommander l’homologation ou non de l’équipe.

 


1 – Le questionnaire prévisite

 

Le questionnaire prévisite est composé de 22 questions. Vous pouvez le trouver en entier dans la section documentation. La prochaine partie vise à expliquer le lien entre les questions et les critères de pratique au SIV.

 

L’offre de service SIV : les questions 1 à 3 portent sur l’offre de services au SIV. Quel est le nombre d’intervenants, le nombre d’heures offertes au SIV et le nombre de dossiers actifs pour l’ensemble de l’équipe ? Ces questions permettent de calculer la charge de travail moyenne pour les intervenants. Le CNESM préconise une charge allant de 16 à 20 usagers par intervenants.

La clientèle cible au SIV : les questions 4 à 7 visent à dresser un portrait de la clientèle suivie par le programme. Les variables suivantes sont regardées :

a) L’âge : est-ce que l’équipe réussit à rejoindre des gens de tous les groupes d’âge ou certains groupes se retrouvent surreprésentés? Présentement, il y a très peu de jeunes (18 à 36 ans) suivis au SIV, alors que la clientèle de 51 ans et plus est majoritaire. Nous visons à augmenter le nombre de jeunes suivis.

b) Le diagnostic : le programme SIV a été conçu pour des personnes ayant un trouble mental grave. Le CNESM préconise donc qu’une attention particulière soit apportée à la clientèle présentant un profil psychotique qui devrait se retrouver majoritairement au programme.

c) Les problèmes de comorbidité : le regard se porte sur les clientèles combinant des problématiques multiples puisqu’elles peuvent nécessiter une plus grande intensité au niveau de l’intervention et de la coordination de services.

L’intensité offerte par l’équipe : la question 8 porte sur l’intensité offerte par l’équipe. La capacité de moduler l’intensité selon le niveau de besoin est essentielle pour maximiser les gains cliniques. Le CNESM convient qu’une proportion de personnes (maximum de 20  %) pourrait se retrouver avec une intensité faible (entre 0 et 1 rencontre) alors que les autres recevront une intensité moyenne (2 à 4 rencontres) ou élevée (5 et plus). Nous pouvons donc nous attendre à une courbe normale au niveau de l’intensité offerte avec un point moyen de 3 rencontres.

Le lieu des rencontres : la question 9 touche le lieu des rencontres. Comme l’objectif premier du SIV est de soutenir la personne dans une démarche de réadaptation, d’intégration et de soutien dans la communauté, les rencontres devraient majoritairement (85 % et plus) se tenir dans différents endroits de la communauté; en fait là où les besoins sont présents (épicerie, banque, milieu de travail). Une équipe qui rencontre les personnes à ses bureaux ou toujours au domicile de celle-ci ne favorise pas une intégration maximale de la personne dans sa communauté.

La durée de l’épisode de service : la question 10 porte sur la durée des suivis. Bien que la décision de terminer un suivi doive toujours être de nature clinique, les recherches démontrent que la très grande majorité des suivis peuvent se réaliser à l’intérieur de 2 ans. Au-delà de cela, il faut se questionnaire afin de vérifier si le SIV est toujours le meilleur service à offrir à la personne ou si les pratiques cliniques sont en causes ou à revoir.

Les rencontres cliniques : les questions 11 et 12 portent sur les réunions cliniques SIV. Comme les intervenants ont une charge de cas individuel, il est essentiel de bien les soutenir. Un des moyens de soutien est la réunion d’équipe. Le CNESM préconise une rencontre de 2 heures de façon hebdomadaire avec la majorité du temps consacré à des aspects cliniques et non administratifs.

La supervision clinique individuelle : la question 13 vise à identifier le nombre d’heures par mois offert aux intervenants pour la supervision individuelle. La supervision individuelle permet d’aborder des aspects cliniques liés à la pratique SIV de l’intervenant et à le soutenir dans le développement de ses compétences.

Le plan d’intervention : la question 14 porte sur les plans d’intervention. Elle permet de comptabiliser le nombre de plans d’intervention à jour, d’observer si le plan est fait avec la personne utilisatrice et si une copie de plan lui a été offerte. Le CNESM vise un taux de complétion de 100 % des plans d’intervention pour les personnes en suivi depuis plus de 8 semaines. De plus, ces plans doivent être à jour (maximum de 6 mois).

Le plan de rétablissement : la question 15 vise à dénombrer le nombre de personnes pour lequel un plan de rétablissement écrit a été mis en place.

Les liens avec les partenaires : l’intervenant SIV doit pouvoir coordonner les services nécessaires au processus de rétablissement. Exemple : aider la personne à se construire un réseau social, être en lien avec le volet traitement (médecin). Pour ce faire, il doit donc être en contact avec la famille, les proches, la communauté et les partenaires impliqués auprès de la personne. La question 16 vise à évaluer les contacts effectués auprès des gens impliqués autour de la personne utilisatrice.

L’accessibilité au programme SIV : les questions 17 à 20 portent sur l’accessibilité du programme SIV. Quel est le nombre de gens en attente, la durée d’attente, ainsi que le nombre de personnes qui terminent le service? Le CNESM vise un taux de nouvelles inscriptions variant entre 35 et 50 % annuellement.

L’accès à un pair aidant : la question 21 porte sur l’accessibilité à un pair aidant pour la clientèle du programme SIV. Le pair aidant peut ne pas nécessairement être un membre de l’équipe SIV, mais est-il accessible pour les personnes utilisatrices?

Différents indicateurs favorisant le rétablissement : la question 22 relève des données d’indicateurs importants pouvant favoriser le processus de rétablissement des personnes. Que ce soit d’éviter les hospitalisations, le retour au travail ou aux études ou la participation à des activités non reliées à la santé mentale. Ces indicateurs nous permettent de connaître l’impact des interventions de l’équipe SIV sur la vie de gens.

 


2 – La visite dans le milieu

 

En avant-midi

 

La visite dans le milieu vise à recueillir une information plus pointue sur les processus cliniques de l’équipe. Le conseiller du CNESM planifiera avec le gestionnaire la tenue de cette journée qui comprendra une analyse des dossiers de certains usagers, ainsi qu’une rencontre de synthèse avec l’équipe SIV pour faire un retour sur l’ensemble des données recueillies lors du processus d’appréciation des pratiques.

 

L’analyse des dossiers : afin de s’assurer de la qualité du processus clinique, la visite dans le milieu comprendra l’analyse de dossiers cliniques. De 10 à 12 dossiers de personnes suivies depuis plus de 8 semaines seront demandés au début de la journée, dont au moins un pour chaque intervenant pivot SIV. Cette analyse vise à s’assurer que l’équipe met en place des processus cliniques rigoureux qui soutiennent la pratique SIV. Le CNESM ne vise pas à uniformiser les outils cliniques (chaque équipe pourra travailler avec les outils qui lui plait), mais bien à s’assurer que des éléments incontournables du processus cliniques sont présents. Les processus analysés seront les suivants :

a) Identification des besoins de la personne : un des premiers éléments à retrouver est un portrait clair des besoins de la personne. Comment s’assurer que le service SIV est toujours pertinent et adéquat si un portrait récent n’est pas disponible? Les conseillers vérifieront donc si les dossiers contiennent un portrait à jour (au moins 6 mois) des besoins de la personne. De plus, les besoins identifiés couvrent-ils l’ensemble des domaines de vie de la personne? Chacun des dossiers doit identifier clairement les besoins reliés aux objectifs travaillés au PI. Un portrait complet de l’ensemble des domaines de vie de la personne doit être présent afin d’avoir une bonne idée de son niveau de fonctionnement global.

b) Identification des forces de la personne : un deuxième élément important est de s’assurer de relever les forces de la personne. Les recherches récentes (Latimer et Rabouin, 2011) soulignent que l’approche par les forces offre des résultats prometteurs. Aussi, nous estimons important de nous assurer que les dossiers démontrent que les forces des personnes en suivi ont été relevées en fonction de l’ensemble des domaines de vie de celle-ci et à jour (moins de 6 mois). De plus, ces forces doivent être détaillées (par ex. : bon réseau social = qui font partie de ce réseau et quel soutien peuvent-ils apporter à la personne).

c) Le projet de vie de la personne : l’intervenant pivot SIV doit identifier avec la personne son projet de vie ou des objectifs cliniques, et ce projet ou ces objectifs sont à jour et révisés avec la personne tous les 6 mois ou moins. Les principaux objectifs à travailler doivent être bien identifiés par les intervenants et clairement indiqués dans les plans d’intervention. Il est important de pouvoir clairement démontrer quels sont les objectifs identifiés et choisis sur lesquels l’intervenant et la personne en suivi travaillent.

d) Une évaluation du progrès des personnes suivies et résultats des interventions : les objectifs ont été divisés en sous-objectifs mesurables sur de courtes échéances, soit moins d’un mois. Le but est de s’assurer que des ajustements rapides puissent être fais et que chaque rencontre clinique poursuit un but spécifique. D’ailleurs, certaines données cliniques (Rapp et Goscha, 2012) démontrent que les probabilités de succès augmentent lorsque le projet de vie est divisé en sous-objectifs, dont l’atteinte se fait plus rapidement. Cela contribue à augmenter l’estime de soi et la confiance de la personne suivie. Il doit être possible de constater qu’il y a vérification périodique de la progression de ceux-ci et que des ajustements rapides sont effectués si besoin. Chaque rencontre doit poursuivre un but précis et comporter une intention clinique. Une évaluation des résultats des interventions doit être bien documentée. Les informations permettant de bien mesurer l’impact des interventions mises en place sont clairement identifiées aux dossiers cliniques des personnes suivies.

e) Une personne responsable est identifiée pour chaque objectif identifié : il est important que des personnes autres que seulement l’intervenant pivot SIV soient identifiées comme responsables afin de pouvoir mesurer la progression de l’objectif. La responsabilité ne doit pas toujours être portée que par l’intervenant pivot SIV. La personne utilisatrice, ses proches ou certains partenaires peuvent être responsables de l’atteinte de certains objectifs identifiés. Plus la durée de l’épisode de service avance, plus on devrait s’attendre à ce que la personne suivie ou ses proches prennent de plus en plus de responsabilités et que l’intervenant pivot en prenne moins.

f) Une correspondance entre les notes évolutives et les objectifs travaillés : chaque note évolutive fait mention de l’ensemble des objectifs travaillés. Elles sont en directes concordances avec les objectifs du plan d’intervention.

 

En après-midi

 

La rencontre avec l’équipe et la gestionnaire :

La deuxième partie de la journée consiste à rencontrer l’équipe et le gestionnaire afin de faire un retour sur les résultats du questionnaire et dégager des pistes d’action pour continuer à améliorer la pratique. Les informations et les clarifications permettront au conseiller de finaliser le rapport d’appréciation des pratiques.